DEUIL

 

Dr S.DAUVER : pédopsy au CMPEA de St Lô

Fév2002 : intervention école primaire du BS de St Lô

Corrigé par Me Dr A.DANJOU  le 19.06.02

Cours IFSI St Lô. Décembre 2002, avril et décembre 2004

Étoffé de remarques du Dr J.DAYAN 01.12.03

Débat avec l’AMP du CH Mémo St Lô le 10.12.04

Juin 2006 : intervention école primaire « institut » de St Lô

 

 

1.     Introduction : notre société est thanatophobe: 1

2.     Le travail de deuil : 4

3.     Complications du deuil : 7

◙ LES COMPLICATIONS : 7

◙ LES FACTEURS DE RISQUE: 7

◙ REMARQUES DIVERSES : 8

  STATISTIQUEMENT : 9

4.     Travail de deuil chez l’enfant : 10

5.     Conduite à tenir : l’accompagnement : 14

POINTS CLES EN VRAC : 14

◙ CONDUITE A TENIR AVEC LES ENFANTS ET ADOS : 16

◙ PRECAUTIONS DE VOCABULAIRE : 18

◙ EN CAS DE COMPLICATION DU DEUIL : 18

6.     Bibliographie : 20

 

1.   Introduction : notre société est thanatophobe:

Parler de la mort, c’est à la fois un vaste sujet philosophique et un sujet naturel (naturel comme la vie et la mort).

Les paléontologues ont mis en évidence que les rituels de deuil sont contemporains de la naissance des civilisations. Ce qui est primordial dans ces rituels c’est de «se préserver des revenants » et de leurs représailles. Un éloge funèbre par exemple fait totalement disparaître l’ambivalence des sentiments inspirés par le défunt. Le deuil s’inscrit donc dans le fonctionnement social grâce aux rites et rituels. Durkheim : « par leur organisation matérielle, ces rites dissimulent leur opération psychique ». Pour qu’un rite ait un effet sur la société, il est nécessaire qu’il existe un mécanisme de dénégation-refoulement concernant l’origine même du rituel, il faut aussi que ça soit pseudo-universel (= qu’on pense partagé par tous, chez nous par exemple il est d’usage de montrer une affliction discrète, alors qu’on sait que dans d’autres cultures il y a des pleureuses etc).

Il existe deux tabous dans toute société (Glover) dont l’un concerne la mort (chez nous = se représenter notre propre mort) et l’autre la sexualité (chez nous = scène primitive) avec un équilibre entre les deux sur ce qui concerne la répression-permission de les représenter ;  chez nous actuellement on voit partout beaucoup de sexe mais peu de morts.

 

Le problème est que de nos jours, notre société est thanathophobe : la mort est devenue masquée, escamotée, pour plusieurs raisons (en voici qq. unes ) :

·        On vit plus longtemps grâce aux progrès technologiques

·        On meurt plus souvent à l’hôpital (70% cas) quand on est âgé ( et plus à la maison quand on est jeune)

·        La mortalité infantile est très basse (1 % la France bat des records en ce domaine) (par contre beaucoup de handicaps). Montaigne au XVIième siècle par exemple préconisait de ne pas s’attacher aux enfants avant qu’ils aient au moins 2 ans car la mortalité infantile était alors très élevée.

·        On n’accepte moins les risques, les accidents, les imprévus ; le but à atteindre est le risque zéro ; on maîtrise le plus possible son destin (exemple des voitures « secure » qui roulent plus vite aussi)

·        Notre société cultive « l’être en forme », beau et toujours jeune d’où un déni du vieillissement et de la mort par la maîtrise du corps

·        Les rituels et traditions liées aux cultes des morts disparaissent. (exemple : l’incinération et la dispersion des cendres entraîne la disparition d’un lieu de recueillement) En fait le deuil est devenu individualiste comme la tendance générale de nos sociétés occidentales. Il n’y a plus la tradition de porter le deuil. L’utilité de ces rites est de bien marquer que les morts vont avec les morts et que les vivants restent entre eux .

 

Du coup il n’y a plus la culture autour de la mort qu’on trouvait avant dans nos campagnes : quand quelqu’un mourrait, on voyait passer le médecin puis le curé pour l’extrême onction puis le fossoyeur pour prendre les mesures ; bref on laissait plus le temps à la mort d’être visible.  Cf film « le grand chemin » ou Richard Borhinger explique le travail du fossoyeur : ne pas enterrer côte à côte le mari cocu et l’amant etc pour préparer à une belle vie post mortem.

Enfin on est loin de l’idée au Moyen-âge de « faire une belle mort » entouré de ses proches, qu’on sent passer, avec des rituels de passage, de transformation, de mutation.

Aujourd’hui, l’idéal de mort est une mort rapide sans souffrance dont on ne s’apercevrait même pas.

Du coup la mort fait violence. S’il n’y a pas de préparation psychologique et philosophique, elle provoque des réactions de révoltes et de dépression.

MOURIR DANS LA LANGUE POPULAIRE
Depuis le XV siècle, la mort est traduite de façon imagée dans le langage populaire

L'idée du départ (voyage)
tirer ou trousser ses chausses
prendre congé de la compagnie
s'en aller au grand galop
il s'en est allé comme une chandelle
sortir les pieds devant

L'idée du passage
aller de vie à trépas
passer
passer le pas ou sauter le pas

L'idée du repos éternel
sommeil d'airain
passer l'arme à gauche
rentrer ses pouces
il est guéri de tous ses maux
il n'a plus mal aux dents

L'idée de la perte
perdre la vie
il y a laissé ses bottes
perdre son bâton
fermer son parapluie
casser sa pipe
casser sa canne
lâcher la rampe
dévisser (ou décoller) son billard
laisser fuir son tonneau

moucher sa chandelle
renverser son casque

L'idée de "Rendre son âme à Dieu"
rendre sa canne au ministre
rendre sa clef
rendre son cordon
rendre son livret
rendre son permis de chasse
restituer sa doublure

L'association avec la nourriture
perdre le goût du pain
remercier son boulanger
manger les pissenlits par la racine
renverser sa marmite
avaler son bulletin de naissance

L’idée du cercueil
il est troussé en malle
s'habiller en sapin
partir entre quatre planches

L'idée du cimetière
rendre le cimetière bossu
être au royaume des taupes
il a un pied dans la fosse
manger les pissenlits par la racine
fumer les mauves
aller au champ de navets (ou d'oignons)

L'idée de se tuer continue à évoluer, mais mourir est devenu muet ? Pourquoi ? Depuis un siècle et demi, les Français n'osent plus jouer avec la mort. La mutation profonde de la culture, la perte des croyances dans la vie après la mort n'est pas étrangère à ce silence. Aujourd'hui, on joue moins avec la mort parce que l'angoisse est bien plus vive qu'autrefois.

 

Je vous propose d’évoquer ensemble les conséquences de la mort (travail de deuil)  chez les adultes comme chez les enfants. Il s’agit en fait de s’autopréparer, de réfléchir chacun sur son propre rapport à la mort, ses propres deuils et expériences pour ensuite pouvoir accompagner d’autres êtres humains sur leur propre chemin d’humanité.

Le deuil, à la suite de la mort d'une personne aimée ou d'une séparation, est une des plus grandes épreuves de la vie qui, un jour ou l'autre, atteint chacun de nous.

Source d'une grande souffrance, d'une véritable douleur morale, d'un profond désespoir, d'anxiété, de dépression et de manifestations fonctionnelles variées, le deuil est à la fois un facteur de déséquilibre transitoire et un traumatisme aux effets prolongés.

Dans la majorité des cas, aussi pénible soit-il, le deuil suit normalement son cours et arrive à son terme. Pour 5 % d'entre eux, il va provoquer des complications au niveau de la santé physique, mentale, de l'équilibre psychologique et des relations sociales.


2.   Le travail de deuil :

 

Qu’est-ce que le deuil ? Le mot deuil sous entend de nombreux sens : c’est l’ensemble des réactions faisant suite à la perte d’un être cher. Il désigne autant l’évènement aigu que représente le décès d’un être cher que les signes extérieurs du deuil consacrés par la coutume. Le deuil est l'ensemble des réactions physiques, psychologiques, affectives et comportementales à la perte d'une personne aimée, mais aussi d'un animal, d'un objet ou d'une valeur auxquels on est fortement attaché. Il est justement déterminé par la nécessité de modifier cet attachement du fait de la disparition. Depuis les temps les plus reculés, le deuil désignait nécessairement les réactions sociales entraînées par la mort d'une personne, c'est-à-dire l'ensemble des usages, coutumes, rites et restrictions imposés impérativement en cette circonstance. Ce sens se conserve encore actuellement dans l'expression " être en deuil ". A présent, le deuil désigne de plus en plus la réaction psychologique, subjective, personnelle ou familiale, à la seule perte de quelqu'un ou de quelque chose d'important et l'expression " faire son deuil ", dans le sens de devoir accepter une perte, est employée à tort et à travers si bien que le deuil a tendance actuellement à s'éloigner de la mort dont il partage aussi le rejet social. Mais la mort restera toujours au coeur du deuil en raison de son universalité, de son implacabilité, de sa radicalité et de son irréversibilité. Elle constitue la perte et la limite par excellence et la mort d’une personne aimée nous préfigure la nôtre.

Etre endeuillé c’est perdre un morceau de soi, c’est continuer à vivre après la perte d’un être avec qui des liens affectifs avaient été tissés.

Le travail de deuil est comparable à la métaphore de la cicatrisation d’une amputation ou d’une plaie grave. Les processus et procédures permettant de mener à bien la cicatrisation de la plaie ont eu lieu. Les deux berges de tissus sains se rejoignent et le sang est à nouveau échangé. Mais le tissu, d’abord lésé gravement puis cicatrisé, ne ressemblera plus jamais au tissu précédent. La cicatrice est au début différente du tissu environnant puis cette différence diminue, même si la cicatrice sera toujours visible. Il sera possible de la regarder, de la montrer, voire même de l’exhiber. Le processus de cicatrisation est toujours long et complexe et il restera, pour toujours, une cicatrice rappelant à tout moment l’histoire passée, pour soi et pour ceux qui la verront. C’est donc le travail de toute une vie. Les deuils font partie intégrant de notre vie et contribuent à la structurer. Le temps est donc le meilleur ami de l’endeuillé. Finir un deuil, ça ne veut rien dire, il faut le faire suffisamment (pour réinvestir libidinalement d’autres objets).

         

   NB : entendre par objet la représentation psychique (d’une personne par exemple)

 

Le processus du deuil est l'expression manifeste des effets du travail psychologique inconscient qui s'effectue (« travail du deuil ») au travers de la souffrance et d'un mouvement de régression psychique. Il se fait essentiellement dans trois dimensions :

·        La reconnaissance de la réalité de la perte. Elle n'est pas immédiate. Cette réaction de refus est tout à fait normale. Elle sera peu à peu dépassée mais un certain temps est nécessaire. La reconnaissance est porteuse de détresse et de souffrance. Sans souffrance il n'y a pas de deuil.

·        Le renforcement des liens intérieurs avec la personne perdue. Toute la vie de la personne en deuil y est consacrée. C'est au travers de la reviviscence des souvenirs que s'effectue le nécessaire travail de détachement vis-à-vis de personne disparue. Réinvestir l’objet perdu, c’est renforcer le lien intérieur avec la personne perdue (pendant tout le reste de la vie).

·        La prise en compte des sentiments inconscients de culpabilité (afin de se préserver des représailles du revenant) Elle est également nécessaire au cheminement du travail de deuil et responsable en partie de la douleur. Ces sentiments sont en relation avec la nature toujours ambivalente de tous les attachements, même si nous refoulons immanquablement les tendances hostiles qui ne manquent pas de les accompagner, au moins à certains moments. Il serait erroné de comprendre le détachement du travail de deuil comme une nouvelle perte, celle-ci intérieure, de la personne disparue. Il s'agit bien plutôt d'une transformation de la relation qui existait avec la personne aimée décédée (désinvestir l’objet perdu et réinvestir dans d’autres objets (avec les anciens investissements)).  Après quoi, les souvenirs deviennent quasiment inaltérables. La difficulté vient plutôt du renoncement à un avenir commun qui n'est plus possible.

 

Faire un deuil, c’est douloureux et coûteux psychiquement. La durée  d’un deuil est fonction de chacun, de la personne endeuillée, et des liens existant avec la personne disparue. Sans jamais pouvoir donner de durée, il est utile de montrer au moyen de l’image de la cicatrisation cutanée que cette période sera longue, toujours trop longue pour celui qui souffre, mais limitée.

 

En gros le travail de deuil comporte trois phases (+/- chronologiques),( +/- visibles : ce qui ne se voit pas = la culpabilité, l’ambivalence) . Même si toutes les personnes ne suivent pas toutes ces phases de la même manière, aucune ne peut être réellement court-circuitée. Chaque deuil est différent en raison de la relation unique qui unissait l'endeuillé à la personne disparue, mais tous les deuils suivent le même cours au travers de trois étapes :

·        période de choc initial de tout l’organisme sur tous les plans= riche en émotions, physiquement, relationnellement :sidération, tristesse, colère et agressivité, surdité psychique, incrédulité, dénégation (refoulement ~ pas de représentation) voire déni (clivage~ pas de perception) (« c’est pas possible »,l’enfant fait parfois « comme si »), confusion rare, hallucinations dans 20 % cas, etc… Comme un « instant d’éternité » l’endeuillé est placé hors du temps. Il est particulièrement net en cas d'accident ou de mort brutale ou inattendue, mais il existe aussi dans les maladies graves à l'annonce du pronostic fatal à terme.

·        période centrale de dépression réactionnelle avec surinvestissement psychique de la personne décédée et renforcement des identifications. Cet état de dépression réactionnelle succède au choc initial assez rapidement. C'est un authentique état dépressif avec son atteinte habituellement modérée de l'état général sous forme de troubles de l'appétit, de la sexualité et du sommeil, d'une intense fatigue et d'une souffrance profonde avec désintérêt pour le monde ambiant, difficultés de fonctionnement et d'intenses inhibitions. Phase où s’aménage la culpabilité, avec un inconfort général (dépression réactionnelle, troubles névrotiques, cauchemars et idées bizarres, somatisation, éléments délirants aigus = exceptionnels).

·        période de rétablissement, acceptation, soulagement. Ce n'est que bien plus tard après l’épisode de dépression qu'apparaît le soulagement, d'abord au cours des rêves. La terminaison du deuil se manifeste dans l'élaboration de nouvelles entreprises et de la formation de nouveaux attachements. Création d’une identité différente reliée, déliée ou réalliée au défunt. On ne finit pas un travail de deuil. On se développe avec. On peut parler d’étape nouvelle quand l’endeuillé a trouvé un nouvel équilibre autour de sa cicatrice, parce qu’il peut la regarder sans induire de trop grande tristesse. Il pourra donc repenser sans être trop triste aux bons moments qu’il a passés avec la personne disparue de son vivant.

 

Sans que cela présente un caractère de normalité, il est fréquent que la période des émotions aiguës (charge émotionnelle avec effondrement en pleurs) soit terminée avant 6 mois, et la « cicatrisation » est souvent amorcée avant 18 mois. Après un an, l’endeuillé aura expérimenté le manque (premier anniversaire sans le défunt, premier Noël ou fêtes sans lui, première Toussaint, etc….) et aura à sa disposition un certain vécu à mettre à distance.

 

Notons que les hommes et les adolescents ont souvent plus de risques de comportement agis : alcool, …

 

Ce qui fait la douleur, c’est l’aspect DEFINITIF, le « jamais plus ». L’adulte ne supporte pas le néant. Pour tous, le néant c’est selon sa culture son catéchisme, ….

 

Le danger est grand de méconnaître la souffrance de l’endeuillé parce que :

·        le soignant ou l’entourage ne souffre pas avec lui de ce deuil

·        la mort est cachée (cf introduction)

·        si la mort fait partie intégrante du métier de soignant, elle en est aussi évincée par le peu de place qu’on lui accorde à l’hôpital, alors même que plus de 70% des personnes y décèdent.

 

Enfin il est difficile de faire le pas d’aller vers les endeuillés car leur souffrance morale fait peur et qu’en s’identifiant chacun imagine une grosse douleur (pas toujours en adéquation avec celle de l’endeuillé d’ailleurs) qu’il suffirait d’évoquer pour qu’elle soit attisée. Mais l’endeuillé souffre aussi de ce mur de silence, des changements dans les réactions des gens qu’il côtoie et surtout de se voir réduit à ce « traumatisme » dans le regard des autres.


3.   Complications du deuil :

 

◙ LES COMPLICATIONS : Le deuil peut se compliquer sur le plan physique, psychologique et comportemental.

·        Sur le plan physique : des complications peuvent survenir assez rapidement, en particulier dans le domaine cardio-vasculaire, mais elles sont souvent différées au cours de la première année du deuil et parfois bien au-delà.
Une maladie chronique préexistante peut se décompenser sous l'effet d'un tel traumatisme.
Mais il n'est pas assez connu des médecins que le deuil a un effet déstabilisant sur la santé physique.
De grandes enquêtes épidémiologiques ont montré de manière indiscutable, une surmortalité significative chez les personnes en deuil et tout particulièrement chez les hommes d'un certain âge. C'est aussi chez eux qu'est retrouvée une surfréquence de suicide et d'accidents dans les suites du deuil.
La santé physique des femmes est atteinte dans de bien moindres proportions. L'explication vraisemblable de cette différence se trouve dans le fait que les hommes, surtout les plus âgés, ne savent pas manifester leurs émotions douloureuses; ils ont habituellement tendance à se renfermer, à transférer sur un excès de travail, un abus d'alcool ou de tabac.

·        Sur le plan de la santé mentale : des manifestations bruyantes et désordonnées durant les premiers temps du deuil n'engendrent pas nécessairement de complications. Au contraire, la principale et première complication psychologique du deuil est son absence : l'endeuillé ne paraît pas souffrir; il n'en montre rien; il n'en parle pas. Il semble continuer comme si de rien était. Mais nous savons que le deuil est inévitable et obligatoire et qu'il devra se manifester un jour ou l'autre d'une manière ou d'une autre. Les absences apparentes de deuil sont très préoccupantes. Les autres complications psychologiques du deuil sont constituées par l'échec des mouvements psychiques qui doivent normalement s'opérer :

- le refus de la réalité n'est pas dépassé ; il devient un déni

- l'intériorisation ne donne pas lieu à séparation mais à la poursuite d'une vie illusoire avec le défunt à l'intérieur de soi, des identifications négatives se font jour, en particulier avec les symptômes de la maladie de la personne perdue,

- des sentiments inconscients de culpabilité trop forts entraînent, par projection, la peur de la vengeance du mort, la crainte des revenants et des mauvais esprits.

·        Sur le plan du comportement, le deuil se complique essentiellement par la prise de risques pouvant conduire au suicide, à la mort par accident et par des ennuis d'importance variable.

 

◙ LES FACTEURS DE RISQUE:

Toutes les personnes fragiles de manière habituelle ou fragilisées temporairement par des circonstances particulières, que ce soit sur le plan de la santé physique, de l'équilibre mental ou de l'insertion sociale sont sujettes à ressentir plus durement les effets traumatisants du deuil. Les personnes à risque de complication du deuil  sont :

·        les malades, que ce soit physiquement ou mentalement,

·        les personnes présentant des troubles de la personnalité sans pathologie mentale déclarée,

·        les personnes immatures qui entretiennent des relations marquées par une grande dépendance et une intense ambivalence,

·        toutes les personnes solitaires et isolées,

 

Les difficultés proviennent ainsi :

·        des circonstances tragiques de la perte, accident, catastrophe, assassinat, morts multiples, disparitions, etc.

·        une circonstance du décès rend également le deuil plus difficile: c'est le cas du suicide,

 

◙ REMARQUES DIVERSES :

·        Ainsi le sentiment de culpabilité peut être exacerbé dans les cas suivants : personnalité mélancolique ou paranoïaque, culpabilité réelle (judiciaire par exemple), reproches dites par l’environnement après le décès, mauvaise qualité de la relation avec le défunt, absence d’ « au revoir » ou d’  « adieu » au futur défunt, deuils antérieurs non ou mal cicatrisés.

·        En cas de suicide la réponse à la question « pourquoi il nous a abandonnés » se situe souvent non pas dans l’abandon mais parfois dans le souci qu’il se faisait pour nous voire dans l’absence de choix où la situation ou sa pathologie l’avaient mis. Suicide dans culture catho : restes de la culture catholique qui n’enterrait pas les suicidés (honte, culpabilité).

·        La crémation est souvent utilisée par peur du pourrissement, de la décomposition, d’être mangé par les vers (alors que ce n’est en fait pas le cas du cercueil qui est hermétiquement fermé). L’enfant très jeune personnifie souvent la mort et, n’ayant pas idée du pourrissement, il n’a pas peur de celui-ci.

·        A propos du deuil périnatal : « on ne partage pas par intuition l’état psychique d’une mère » (c’est-à-dire la « préoccupation maternelle primaire ») : il faut l’avoir vécu. Le deuil périnatal consiste à renoncer à la vie de quelqu’un dont on doit en même temps faire un travail pour s’assurer qu’il existe.

 

  STATISTIQUEMENT : le risque de deuil pathologique est d’autant plus élevé que :

·        le décès était imprévisible

·        les conditions d’accompagnement étaient défectueuses

·        le décès est lié à une intervention humaine et non au hasard (sauf pour suicide ?)

·        la cause du décès (étiologie) n’est pas connue (ça augmente la culpabilité)

·        l’âge de l’enfant perdu est élevé, s’il s’agit du décès d’un enfant


4.    Travail de deuil chez l’enfant :

 

Il ressemble à celui de l’adulte mais il en diffère en ce sens qu’il est plus progressif, cheminant parallèlement à l’évolution de ses acquisitions instinctuelles, affectives et cognitives.

 

Le concept de la mort chez l’enfant :

Les enfants ont très tôt des idées sur la mort à laquelle ils commencent à s'intéresser dès l'âge de trois ans, au moment de l'émergence de leurs tendances agressives. Mais leurs idées sur la mort ne sont pas les nôtres. Elles sont beaucoup plus proches de celles des hommes des civilisations prémodernes, Pour les uns et les autres, la mort n'est ni naturelle, ni irréversible et elle est contagieuse.

Il est important de ne pas rater dans leur éducation les occasions pour en parler (quand on rencontre un oiseau mort, etc…) même si le sujet semble trop dur (pour les adultes ?).
Ce n'est que lorsqu'ils comprennent - vers l'âge de quatre ans - l'irréversibilité de la mort que les enfants peuvent faire un travail de deuil; alors ils savent qu'ils ne reverront plus la personne disparue.

 

·        Avant trois mois : l’objet n’a pas d’existence propre : besoin d’un substitut maternel de qualité

NB : entendre par objet la représentation psychique (d’une personne par exemple)

·        Après trois mois : représentation interne de l’objet

·        Fin de la première année : constance de l’objet (objet reconnu indépendamment de ses fonctions) (2ième indicateur de Spitz à 8 mois : peur de l’étranger)

·        Avec l’apparition du langage (18 à 24 mois) l’absence devient nommable et permet un début de compréhension du manque.

·        Petite enfance : enfants conçoivent la vie et la mort à l’image du sommeil comme un flux permanent et réversible : ne pas les conforter là-dedans car mort ¹ sommeil.

·        Ensuite : ce qui est mort est pour eux ce qui ne se déplace pas  (immobilité) puis ce qui n’a pas certaines fonctions corporelles (comme manger ou respirer). Concept de vie animiste de Piaget (ex : bougie vivante car chaude et ondule)

·        Avant 3 ans : pas de notion du temps (demain ou dans un mois, c’est pareil) 

·         après 6 ans : Œdipe terminé, intégration de l’interdit des relations sexuelles entre deux générations différentes

·        Vers 8 ans : acquisition du caractère d’irréversibilité, définitif de la mort

·        Vers 10 ans : acquisition du caractère universel de la mort (et donc l’enfant aussi mourra un jour), lié au vieillissement (avec intégration de la sexualité et de la reproduction dans le grand cycle de la vie). Les TS avant 10 ans sont donc rares.

REMARQUE : en cas de travail précoce de deuil, ce concept de la mort subit une maturation massive et brutale.

Les enfants et les adolescents sont, en matière de deuil, des populations à risque qui méritent une attention toute particulière. La perte d'un de ses parents par un enfant est un drame qui désorganise son monde intérieur et sa vie concrète. Son avenir dépendra de la capacité du parent survivant à faire normalement son deuil, à accompagner correctement celui de son enfant, de la possibilité pour ce dernier de pouvoir lier par la suite des relations affectives stables et harmonieuses avec un adulte qui deviendra peu à peu un parent de remplacement.

Les enfants endeuillés expriment leur chagrin comme les adultes, pour autant qu'on leur en donne la possibilité et qu'on les accompagne en leur parlant de ce qui se passe et de ce que l'on vit. Ils essaient souvent d'apporter du soulagement au parent qui reste. Mais leur manière de vivre leur souffrance ne se traduit pas, comme chez l'adulte, par un état dépressif; on assiste à des changements dans le caractère qui devient plus instable, à un fléchissement scolaire, des perturbations, habituellement modérées, du comportement, en particulier en matière de sommeil et d'alimentation. Au cours du deuil, les enfants ont besoin de continuer à entretenir des relations avec le parent disparu qui devient ainsi un parent imaginaire, tout en sachant bien qu'il est mort. Avec leurs camarades, ils jouent la mort et l'enterrement. Tous ces phénomènes ne sont pas pathologiques ; ils seront respectés comme nécessaires au deuil de l'enfant et surtout pas culpabilisés. Il est judicieux de donner à l'enfant un objet ayant appartenu personnellement au parent disparu qu'il va conserver comme un souvenir précieux et un lien intime avec lui.

La possibilité de supporter un deuil précoce est, bien sûr, fonction de l'âge et du degré de maturité de l'enfant mais elle est également sous la dépendance des circonstances de la perte et plus encore de la nature des relations qui existaient antérieurement entre cet enfant et le parent disparu. Enfin les changements que ce deuil entraîne dans l'organisation de sa vie et dans ses relations ont également leur importance.

Le travail de deuil s'effectue par les mêmes processus de reconnaissance de la réalité, d'intériorisation avec identification et d'élaboration des sentiments inconscients de culpabilité. Mais le monde psychique en pleine évolution de l'enfance est bien particulier. Il est encore dominé par la toute-puissance, une très grande ambivalence dans ses attachements, la pensée magique qui fait fi des principes logiques et une connaissance encore insuffisante de la mort : ce n'est que plus tard qu'il en intégrera le caractère universel et nécessaire à la vie.

Ainsi, le travail de deuil de l'enfant est bien particulier. Sa connaissance et sa reconnaissance de la réalité ne sont pas aussi bien établies que les nôtres ; pour lui quelqu'un peut être à la fois mort et vivant. Enfin, les sentiments inconscients de culpabilité de l'enfant jeune sont beaucoup plus intenses que ceux des adultes du fait qu'il est encore plongé dans une ambivalence extrême. Lorsque l'enfant endeuillé est correctement accompagné et qu'il a pu renouer des relations affectives stables, les seules complications à craindre sont des difficultés d'attachement à l'adolescence ou au début de la vie adulte. Mais lorsque l'enfant n'a pas pu faire son deuil, exprimer suffisamment son chagrin et parler autant qu'il le voulait de son parent perdu, des complications surviennent longtemps après, dans le courant de la vie adulte. Là aussi, elles s'expriment soit au niveau de la santé physique perturbée par identification au parent perdu, soit au niveau du comportement marqué secrètement par l'échec, comme si le bonheur lui était interdit, soit enfin dans le domaine psychologique sous forme, le plus souvent, d'un état dépressif chronique de type névrotique sans raison apparente au moment où il survient.

 

RESUME :

Pour effectuer le travail de deuil l’enfant va réunir peu à peu 5 conditions :

  • compréhension de la mort comme séparation irréversible
  • représentation interne de l’objet suffisamment stable
  • certitude que ses besoins physiques et psychiques seront assumés malgré la perte
  • capacité à ressentir ses propres émotions, même douloureuses
  • maturation des émotions dans la relation objectale : avoir franchi le cap central de la période sadique-anale (car avant la culpabilité est très forte liée à la toute-puissance de la pensée)

 

Les 3 mêmes phases de deuil que chez l’adulte  sauf:

·        période de choc initial :  attention chez l’enfant « quelqu’un peut être à la fois vivant et mort », l’enfant peut faire « comme si ».

·        période centrale de dépression : attention car l’enfant se sent en danger de disparaître pareillement

 

Particularités de l’enfant par rapport au deuil :

·        besoin de conserver vivante en imagination la présence du parent mort

·        attachement particulier à certains objets qui lui ont appartenu

·        grande propension à jouer à la mort : « pan ! t’es mort » et ensuite le mort-pour-de-faux se relève !

·        illusion fantomatique : fantôme = comme un « objet transitionnel mortel »

·        représentation anatomique du squelette humain comme défense (déni) et maîtrise de l’angoisse que suscite le cadavre

 

 

Décès d’un parent :

Seulement environ 1/3 des parents survivants sont capables de mener de front l’assistance de leur enfant et leur propre travail de deuil. DIFFICILE +++.

Lors du décès d’un parent de l’enfant, il est bien rare que le parent restant, déjà si bouleversé par son propre deuil, soit en état de parler ainsi à son enfant. C'est alors le rôle de la famille, des grands-parents, des oncles et tantes... Mais à défaut, c'est le médecin de famille qui parlera à l'enfant endeuillé et qui encouragera tous les proches à continuer de parler de la personne décédée et à exprimer ensemble leur chagrin, faute de quoi l'enfant ne saurait le faire seul. 

Conseil de trouver une personne suffisamment proche de l’enfant pour le suivre et l’accompagner spécifiquement à la morgue ou à l’enterrement par exemple (tiers ressource).

Chez l’enfant qui va mourir :

Attention +++ à la solitude, avant tout angoisse de l’abandon et de la solitude => partager agonie et passage. Pour enfant : besoin d’évoquer les effets de sa mort chez entourage survivant.

 

Principale difficulté pour parler de la mort aux enfants :

La sexualité et la mort représentent les 2 principaux sujets de conversation des bacs à sable et des récréations. Mais c’est vrai que pour les adultes, aborder avec un enfant ces sujets extrêmement intimes apparaît souvent  comme un passage obligé bien compliqué. Parler vrai aux enfants de la sexualité ou de la mort consiste à répondre simplement mais précisément à une question qui préoccupe l’enfant à un moment sans aller au-delà. Les deux écueils à l’extrême sont de ne jamais en parler (en ratant chaque fois l’aspect existentiel de remarques d’apparence bénigne et en ne se saisissant pas des occasions pour que ces questions puissent être abordées) ou bien d’anticiper inadéquatement et de ne pas synchroniser les explications avec les demandes de l’enfant  (risque d’incompréhension et au maximum d’anxiété et de phobies).

 

Parler de la mort à un enfant est donc un problème de l’adulte avec ses propres angoisses de mort qu’il projette sur l’enfant (identification projective) à relier avec le fait que la mort soit escamotée (société thanathophobe ).

C’est pourquoi en pédopsy on s’occupe parfois d’abord de l’adulte (en expliquant à l’enfant qu’on veut d’abord voir où en est sa maman, son papa et qu’on en reparlera après) : anamnèse de la mort à reconstituer jusqu’à la fin des obsèques, succession, lien dans la famille ; puis quand l’enfant revient à la consultation on lui explique qu’on accompagnera d’abord père/mère et qu’on le reverra plus tard. Il s’agit là de redonner au parent la capacité d’accompagner lui-même l’enfant.


5.   Conduite à tenir : l’accompagnement :

 

POINTS CLES EN VRAC :

 

·        ne pas psychiatriser +++

 

·        Rassurer sur la normalité du deuil

 

·        La qualité de la mise en absence entre l’endeuillé et le futur défunt est une des phases les plus cruciales à réaliser pour entrer dans le travail de deuil et pour aboutir à la plus belle des cicatrisations. Si celle-ci n’a pas pu être réalisée de façon intrafamiliale ou dans la communauté, l’endeuillé doit trouver une tierce personne pour dire ce qu’il n’a pas pu dire et ne pourra plus jamais dire à l’absent (au défunt).

 

·        Etre présent (difficulté accrue du 2ième au 6ième mois) : Aider les personnes en deuil, c'est en premier lieu être avec elles. Ce qui est quasiment instinctif dans les premiers moments du deuil des personnes que nous aimons, devient beaucoup moins évident et moins facile au bout de quelques semaines ou quelques mois. C'est justement entre le deuxième et le sixième mois que l'endeuillé se sent le plus isolé ; il n'a pas envie de prendre l'initiative de contacts et attend qu'on vienne à lui. Etre avec une personne en deuil, c'est d'abord l'écouter. Il se trouve que les endeuillés passent par des états différents. Tantôt ils ont envie de parler inlassablement de la personne qu'ils ont perdue, tantôt ils n'ont plus envie d'en parler; ils restent silencieux. Les aider c'est aussi rester silencieux auprès d'eux. Bien souvent, les personnes en deuil qui viennent consulter leur médecin pour divers symptômes ne souhaitent, en fait, qu'une écoute ; elles ont besoin de parler ; pour diverses raisons, elles ne peuvent s'exprimer dans leur milieu familial. Cette attitude, à première vue si simple, est, dans la réalité, bien difficile ; elle demande de savoir rester passifs, à 1 'écoute, non interventionnistes, de savoir résister à l'envie de consoler, de faire quelque chose. Et la proximité de la mort n'est pas si simple à supporter. Etre avec une personne en deuil c'est aussi s'efforcer de prévenir ses besoins et ses désirs; c'est l'aider à s'occuper d'elle-même. Ce peut-être aussi parfois de la ramener à la réalité, à la nécessité de certaines tâches, de certaines démarches. Accompagner est le premier rôle du soignant. Accompagner un endeuillé ne peut laisser indifférent l’accompagnateur, car la peine lui rappelle sa propre souffrance occasionnée par se propres deuils. Accompagner, et donc communiquer, doit se faire dans une démarche de confiance réciproque a priori et doit amener à une augmentation de cette confiance réciproque pour que chacun des protagonistes puisse grandir simultanément. Accompagner est profondément risqué mais profondément enrichissant.

·        L’endeuillé est plongé dans une telle ambivalence que la meilleure attitude pour le soignant est l’écoute empathique. Si l’écoute ne peut s’apprendre comme une science, elle doit se cultiver comme un art, car il n’est pas de charisme non préalablement travaillé et amélioré. Ce dernier doit redouter à tout moment l’écho que son attitude va engendrer et savoir attendre le cheminement du processus psychologique de l’endeuillé. L’endeuillé doit pouvoir rencontrer plusieurs accompagnateurs, soulignant en cela le rôle de toute la communauté pour entourer, chacun à sa mesure une personne endeuillée.

·        Pour favoriser de plus le bon déroulement du deuil, il faut pouvoir exprimer son chagrin et toutes ses émotions douloureuses. L'endeuillé a besoin de pleurer la personne aimée aussi longtemps et aussi intensément qu'il le faut sans recevoir d'autres consolations qu'un contact physique, des bras, une épaule et un regard compatissant qui ne se détourne pas. Les paroles de consolation sont inutiles, voire déplacées. L'endeuillé ne veut pas être consolé ; il se vit inconsolable. Une partie de lui s'en va avec son amour et son chagrin en fait partie. N'essayons pas maladroitement de l'atténuer en l'assurant qu'il diminuera avec le temps. Le temps, il est vrai, est le seul vrai consolateur du deuil mais l'endeuillé récent ne veut pas encore l'entendre.
C'est bien en parlant et en reparlant de la personne décédée que l'endeuillé vit peu à peu son chagrin. Mais une partie en restera toujours secrète ; le deuil est une grande épreuve de solitude même lorsqu'on est bien accompagné.
Mais que faire pour ceux qui ne pleurent pas, ceux qui ne montrent rien, les stoïques, ceux qui font comme si rien n'était arrivé ? De quel droit les faire pleurer et y arriverait-on ? Les défenses ont toujours leurs raisons d'être et même si elles nous paraissent risquées elles sont en fait la moins mauvaise solution au moment donné. Essayer d'aider ces endeuillés récalcitrants, c'est encore être auprès d'eux, être avec eux et leur parler discrètement, pour autant qu'ils l'acceptent, de la personne disparue. Quand on leur porte attention, les enfants peuvent même être aidant malgré eux, par leur innocence, leur spontanéité, leur sensibilité aux chagrins des autres et leur absence d’appréhension de la mort.

·        Ne pas vouloir combler le silence par des paroles inadaptées. Encourager expression des émotions et du chagrin, laisser parler de la personne décédée. En pratique, moins on en dit, mieux on accompagne. Accompagner, c’est savoir écouter l’endeuillé parler du défunt (liens) et lui dire définitivement au revoir (délier), pour qu’ainsi il puisse ensuite se réallier dans une autre dynamique avec l’être aimé mais décédé. Le soignant ne doit pas fuir mais être présent et prendre du temps. Il faut aussi accepter d’accueillir l’agressivité de l’endeuillé non pas contre soi mais sur soi. Cela permet que l’endeuillé dépose cette souffrance pour qu’elle ne se retourne pas contre lui (image du sac à dos avec des cailloux bien lourds qu’on porte un moment avant de les rendre à leur propriétaire).

·        Le manque actuel de familiarité avec la mort, souvent la difficulté à surmonter les épreuves donnent le sentiment à l'endeuillé d'être entré dans un état anormal. Il est vrai que si le deuil normal n'est pas une maladie, il réalise cependant une sérieuse perturbation de l'équilibre habituel.
L'un des rôles du médecin traitant, lorsqu'il est consulté, est de rassurer les personnes en deuil et leur famille, de leur faire comprendre la normalité et la nécessité du deuil, de les encourager à parler entre eux de la personne disparue et à partager leurs émotions douloureuses.

 

·        On peut aussi proposer de revoir l’endeuillé aux moments clés (anniversaires de décès ou de naissance du défunt par exemple) pour réconforter l’endeuillé envers lui-même.

 

·        Pour l’entourage des endeuillés on peut aussi conseiller des actions concrètes (ex : passer à telle heure prendre le thé ou faire du repassage) plutôt que l’inutile « appelle-moi si tu as besoin ». Une présence même peu bavarde est souvent mieux appréciée par les endeuillés incapables de faire appel « en cas de besoin » ; cependant il est important d’avoir au préalable discuté avec les endeuillés de leurs capacités à faire appel.

 

·        Quelque soit l’âge  on reste un enfant devant la perte d’un parent : ça fait collusion avec le développement selon l’âge.

 

·        Encourager à garder les enfants au sein de la famille avant, pendant et après le décès. Trouver un tiers ressource (cf plus loin) surtout s’il s’agit d’un membre de la famille nucléaire pour l’enfant.

 

 

◙ CONDUITE A TENIR AVEC LES ENFANTS ET ADOS : (guidance parentale) :

 

Important pour parent de garder à l’esprit que l’enfant peut avoir besoin d’être rassuré et qu’il est nécessaire de lui dire:

·       qu’il n’est pas responsable (car c’est toujours ce qu’il a tendance à penser, et encore plus au stade de toute-puissance de sa pensée avant le stade sadique-anal)

·       qu’il n’est pas en danger de mourir lui aussi (accident ou maladie)

·       qu’on va continuer à s’occuper de lui  le mieux possible malgré les changements dans la famille car il sent bien que cette mort dans la famille peut entraîner des changements importants dans sa vie,

·       qu’on va continuer à aimer, à penser à la personne disparue, qu’on ne va pas l’oublier.

 

D’ailleurs plus tard les symptômes des enfants peuvent être rattachés à l’une ou plusieurs de ces inquiétudes. Par exemple : se mettre à avoir soudain peur du noir ou d’être malade après un décès peut être signe de son angoisse de mourir aussi.

Assez souvent, les enfants raisonnables veulent aider les adultes en deuil. Il est bien sûr évident de leur rappeler que c’est aux adultes de prendre soin des enfants et non l’inverse, mais ça va mieux en le disant ! Et pour bien leur montrer, les adultes peuvent énoncer aux enfants sur quels autres adultes ils s’appuient pour être aidés eux-mêmes…

 

 

◙ PRECAUTIONS DE VOCABULAIRE :

Le mot le plus adapté, simple et précis est le mot « MORT » ; les euphémismes : « parti », « endormi » et « disparu » ne sont pas adaptés aux enfants. L’expression « dans le ciel » ou « au ciel » est très pratiquée dans la religion chrétienne. Or les enfants ont d’abord besoin de concret ; ils  n’ont pas toujours accès au symbolisme de telles expressions, et c’est alors important quand on emploie une expression comme « il est monté au ciel » de préciser que ce n’est qu’une expression. Les enfants ayant un raisonnement plus concret que les adultes, ils se représentent souvent le ciel au ras du toit des maisons. Certains cherchent le mort dans les nuages plusieurs mois après, montent sur les toits, se cachent du défunt « là-haut », etc. Attention aussi aux expressions : « dans notre cœur » et « dans notre tête » ; garder à l’esprit que les enfants ont d’abord besoin de concret  afin de comprendre.

 

EN CAS DE COMPLICATION DU DEUIL :

 

Il est facile de prévoir qu'un deuil sera plus difficile en raison de facteurs de risque, qu'ils viennent de la personne en deuil ou des circonstances de la mort, en particulier, le suicide. Ailleurs, c'est après quelques semaines, quelques mois d'évolution que l'entourage se rend compte que les choses n'évoluent pas, que l'endeuillé est encore très abattu, en pleine souffrance, qu'il a beaucoup de mal à vivre, à faire face.
Plusieurs possibilités s'offrent alors pour instaurer le suivi nécessaire de cette personne en difficulté; elles dépendent surtout de la nature de la relation de l'endeuillé avec son médecin :

 

En aidant les gens à regarder la mort comme une éventualité naturelle de la vie, le deuil comme une épreuve nécessaire et non comme une maladie dont il faudrait se cacher, en les encourageant à partager ouvertement leurs chagrins et leurs peines et à parler ensemble de leurs disparus, en accompagnant les endeuillés en difficulté et en les orientant vers des associations qui peuvent les prendre en charge et les sortir de leur isolement, en prenant un soin particulier des enfants au niveau de leur évolution et des vieillards au niveau de leur santé, nous avons un grand rôle à jouer pour soulager les souffrances de nos contemporains et éviter qu'elles ne donnent lieu, par la suite, à des complications touchant la santé des populations et la cohésion sociale. 


6.   Bibliographie :

En surligné : les livres que je connais bien

 

Parler de la mort aux enfants :

- L’enterrement - Gaudrat ED. BAYARD/CENTURION dès 3 ans
- Si on parlait de la mort- Dr Catherine Dolto-Tolicht, GALLIMARD JEUNESSE (deuil) Préscolaire
- La découverte de Petit-Bond  -Max Velthuijs, ED PASTEL (mort, rituel) 3-5 ans
- La mort -Pete Sanders ED GAMMA (mort, deuil) dès 7 ans
- Le temps de la vie : naissance, vie, mort  - B. Melloni ED MILAN (dès 6 ans)
- Bonjour Madame la Mort  -Pascal Teulade ; L’ECOLE DES LOISIRS dès 7 ans
- Ce changement là -Philippe Dumas, l’ECOLE DE LOISIRS dès 7 ans
- Faustine et le souvenir -Sandrine Pernusch , CASTERMAN dès 10 ans
- L’horloge s’est arrêtée   -Jasmine Dubé ED PIERRE TISSEYRE-COCCINELLE (mort, enterrement, rituel,) dès 6 ans
- Véra veut la vérité -L & N. Huston ; L’ECOLE DES LOISIRS 1992
- Quelqu’un que tu aimais est mort  -A. Auschitzka ED BAYARD / CENTURION (questions-réponses, perspective chrétienne) dès 7 ans
- Pochée  - Florence Seyvos MOUCHE ; L’ECOLE DE LOISIRS (deuil) dès 8 ans
- Le deuil, la séparation - Janine Amos EBV – BREPOLS (comprendre ses sentiments)
- Lettre à un enfant devant la mort  -E, Kübler Ross ED du TRICORNE (cancer, mort) Scolaire
- Le vol du cygne  - Tejima Keizaburo ED ECOLE DES LOISIRS (mort et vie au delà) scolaire
- Jo  -DERIB ED FONDATION POUR LA VIE : bande dessinée ( scolaire, adolescent)
- Où est parti Baltus ?  -C. Derouin ED BREPOLS dès 8 ans

- Boule de rêve Texte Lise Thouin, Les Production Boulle de Rêve, (Histoire symbolique à raconter sur la mort)
1993 LEUCAN, Livre et cassette (3 ans +)

- un petit frère pour toujours- MH.Delval et U.Wensell (mort subite du nourrisson. Les belles histoires. De 3 à 7 ans) Ed bayard poche 2002 (association naître et vivre)

- la visite de petite mort – Kitty Crowther. (mort d’un enfant malade). ED école des loisirs 2005

- Moi et Rien – Kitty Crowther. (mort de la maman). ED école des loisirs 2000

-L’arbre sans fin Claude Ponti . Ed école des loisirs  1992 (Voyage dans le deuil, mort d’une grand-mère)

 

Mort d’un ami et/ou mort accidentelle
- Igor-  E.Dale ED GALLIMARD (mort d’un chien) dès 3 ans
- Quelqu’un que tu aimais est mort  -BAYARD EDITIONS / CENTURION (10 ans +)
- Tu sera toujours avec nous Calinou -(expliquer la perte d’un petit voisin, d’un ami) Michel Motte & Frédéric Mansot, ED. MAME (scolaire)
- Au revoir Camille  Sylvie Desrosiers LA COURTE ECHELLE (un ami va mourir cancer) scolaire
- Anna et Mister God   Fynn ED du Seuil ( adolescents)
- Le goût des mûres  D.Smith,Buchanan ED GALLIMARD dès 10 ans
- Une maman comme le vent  Agnès Berton ACTE SUD JUNIOR (la perte de la maman d’un copain) scolaire
- Souviens-toi, Rémi  Godet ; ED du Cerf (mort accidentelle) (scolaire)
- Adieu Valentin  Marit Kaldohl ED Ecole des Loisirs (noyade, deuil, enterrement) (scolaire)
- Le royaume de la rivière Katherine Paterson ED RAGEOT (accident, mort, amitié)

 


Mort dans la famille
- Le bonzaï et le séquoia  Y. Mauffret ED EPIGONES (mort accidentelle du père) dès 7 ans
- Comme avant  Pili Mandelbaum ED ECOLES DES LOISIRS (deuil, perte papa) scolaire
- Histoire de Jonathan Anne Plante EDITION PAULINE (expliquer La mort d’un enfant dans la famille) scolaire
- Histoire de Josée Anne Plante, EDITIONS PAULINE (expliquer la mort à un enfant qui va perdre une maman) scolaire
- Jamais je ne t’oublierai  Lydia Devos GRASSET JEUNESSE (la perte d’un papa) scolaire
- Ma maman est devenue une étoile  A. Begag, Paris, LA JOIE DE LIRE (8+)
- Un kilo d’oranges Roselyne Morel, HACHETTE Jeunesse (perte d’une maman cancer) adolescents
- Max mon frère S. Zeevaert ED BAYARD (maladie, mort) dès 10 ans
- Leïla - Sue Alexandre, ED. BAYARD (12ans +) (deuil, tristesse)
- Adieu Benjamin  C. Cahour ED RAGEOT (perte d’un frère) dès 12 ans

 


Mort des Grands Parents
- Grand-père est mort Dominique de St Mars ED CALLIGRAM dès 4-5ans
- Au revoir Blaireau GALLIMARD JEUNESSE (préscolaire et +) (aussi en poche)
- Grand-père est mort A.De Bode ED HATIER Eclat de vie ; dès 6 ans
- Grand Papa John Burningham ED FLAMMARION (scolaire)
- Grand-père est mort  Suzanne Varley ; Ainsi va la vie , CALLIGRAM (7+)
- Grand Père s’en est allé  Les Albums Tendresse, ACTES SUD JUNIOR (Scolaire)
- Les bigarreaux noirs Pascal Mottet & Susanne Strub PASTEL (perte d’une grand-mère)
- Reviens grand mère  Sue Limb & Claudio Munos MIJADE (scolaire)
- Gros Papy I. Dros ED ECOLES DES LOISIRS (un grand père inconnu) scolaire
- Le grand père de Tom est mort Marie-Aline Bawin & Colette Helling MANGO JEUNESSE scolaire
- Histoire de Philippe Charlotte et Grand-père   Anne Plante EDITION PAULINE (expliquer la mort à un enfant qui va perdre un grand-père) (scolaire)
- Lettres à Félix Renate Welsh ED HACHETTE (maladie, cancer, mort ) adolescents

-L’arbre sans fin Claude Ponti . Ed école des loisirs  1992 (mort d’une grand-mère)

 

 

Pour les ADOLESCENTS
- Le blaireau sur la péniche  Janni Howker ; ED GALLIMARD Folio Junior (mort, deuil, fratrie) (adolescent)
- Quand on est mort c’est pour la vie  A. Begag ED GALLIMARD (meurtre, deuil, douleur..)
- Christophe  Irina Korschunow ED DUCULOT( accident, deuil amitié)
- J’ai 12 ans c’est pas de ma faute D. Wunderlich ED Robert Lafont (accident, mort, deuil fratrie) perte des parents et d’un frère jumeau dans un accident
- Jo  DERIB ED FONDATION POUR LA VIE : bande dessinée (SIDA, mort) scolaire, adolescents
- Mon drôle de petit frère  Elizabeth Laird ED GALLIMARD jeunesse (handicapé, nourrisson, deuil)
- Un été pour mourir  Lois Lowry ; ED DUCULOT (leucémie, mort, deuil, fratrie)
- Lettres à Félix Renate Welsh ED HACHETTE (maladie, cancer, mort d’un Grand parent)

 

Pour les PARENTS ou les SOIGNANTS

- Deuils et endeuillés Alain DE BROCA . Ed MASSON 2001

- Pour vos enfants et adolescents en deuil Liette Côté, Suzanne Mongeau & Michèle Viau-Chagnon Ed Frontières (Uni du Québec à Montréal) (parent)
- Le suicide et le deuil  André Bergeron & Eric Volant, Ed Frontières Université du Québec à Montréal (parent)
- Dis, pourquoi la mort ?  M. Leist ED CANA (mort enfant, deuil, fratrie, suicide)
- Psychologie du mourir et du deuil  J.-L. Hétu ED du MERIDIEN (deuil dans la famille, enfants et mort)
- Parler de la mort   F. Dolto ; MERCURE DE FRANCE, 1998 (parent, ado +)
- La mort et l’enfant Elisabeth Kübler Ross , Genèse Tricorne 1986 (parent, ado +)
- Dis, c’est quoi quand on est mort ? Richard Lonetto ED ESHEL (conception de la mort chez l’enfant) psycho
- La mort  Marie-Hélène Encrevié-Lambert, BAYARD EDITIONS (parent)
- Repère pour vous parents en deuil  SPARADRAP
- La mort pour de vraie, la mort pour de faux  Dana Castro ED
- Les enfants en deuil portrait de chagrin  M. Hanus & B.M. Sourkes ED FRISON - ROCHE

 

Pour les psy : (références bibliographiques Mme Dr A.DANJOU)

-    l’écorce et le noyau ABRAHAM N. et TOROK M. éd Flammarion. Philosophie. 1987, p229 à 275

-   érotique du deuil au temps de la mort sèche ALLOUCH J. éd EPEL 1997

-    le remaniement des souvenirs ATHANASSIOU C . revue française de psychanalyse. 1/1998. p67-90

-    l’être-temps COMTE-SPONVILLE A. éd PUF. Perspectives critiques.1999

-    nostalgie : entre deuil et dépression DENIS P. le deuil. Monographies de la revue française de psychanalyse. Ed. puf 1994, p 143 à 149

-    épilepsies, deuils et psychothérapies DIEBOLD G. , MAILLEFAUD T ., BEAUCHESNE H. psychiatrie de l’enfant. XXIX, 1, 1986, p 61 à 124

-    le rêve et l’oeuvre de sépulture FEDIDA P. actes du colloque psychanalyse et fin de vie. Paris nov 1998, p 39-47 ; 49-51

-    l’absence FEDIDA P. Gallimard. 1978

-    psychologie de la vie quotidienne FREUD S. Payot. 1923, 1967

-    inhibition, symptôme et angoisse FREUD S. puf. 1973. p 98 à 102

-    éphémère destinée. Résultats, idées, problèmes. FREUD S.  PUF. 1984, p 233-236

-    deuil et mélancolie . métapsychologie FREUD S. Payot, 1968, p 145à171

-    totem et tabou FREUD S. éd Payot, Paris 1976

-    narcissisme de vie, narcissisme de mort GREEN A. éd minuit. 1983 p 222à253 (la mère morte 1980)  et p 275-280

-    la douleur du deuil, études sur la mort KEBERS C. Thanatologie. Bulletin n°107-108. sept 1996, p79à88

-    faire son deuil, vivre un chagrin KEIRSE M. éd de Boeck et Belin. 2000

-    deuil passionnel et élaboration de l’absence KLEIN JP. Perspectives psychiatriques. Vol 35, n°5, déc 96, p 398-401

-    le deuil d’amour NACHIN C . éd universitaires. Paris 1989, p 79-128

-    fééries anatomiques ONFRAY M .éd Grasset, 2003

-    le génie des origines RACAMIER PC. Ed Payot, paris 1992

-    travail du deuil, travail de vie RUBIN G. éd l’Harmattan 1998

 

 

Egalement :

- La mort dite aux enfants : AROLE (association romande de littérature pour l’enfance et la jeunesse)
Case Postale  1000 Lausanne 4

 - Un livre pour le dire : APACHE  ( association pour l’amélioration des conditions d’hospitalisation des enfants)
BP 162 92185 ANTONY CEDEX France

 - association VIVRE SON DEUIL 17, rue Feutrier - 75018 PARIS Écoute téléphonique (1) 42.23.15.00 (président de vivre son deuil = Dr Michel HANUS, psychiatre-psychanalyste) . L'Association propose un soutien aux endeuillés grâce à l'écoute téléphonique, la correspondance, la conduite d'entretiens individuels, les réunions de groupes de parole et de soutien psychothérapique.

 

Films cinématographiques:

-  « jeux interdits » de René CLEMENT (1951)

- “le sixième jour” de Youssef CHAHINE (1986)

-  « le grand chemin » de Jean-Loup HUBERT (1987)

- « le petit prince a dit» de Christine PASCAL (1992)

- « Ponette » de Jacques DOILLON (1996)

-  “à ce soir” de Laure DUTHILLEUL (2003)

-  « je vais bien, ne t’en fais pas »  de Philippe LIORET (2006)

- « still walking » de Kore-Eda HIROKAZU (2008)