FICHE DE LECTURE : JUIN 2003

(S. DAUVER)

 

L’enfant instable  de Maurice BERGER

 

 

 

Etude de 60 cas d’enfants hyperactifs, 60% de garçons et 40% de filles.

D’habitude Maurice BERGER attend d’avoir une dizaine d’années de recul avant d’émettre des hypothèses psychopathologiques, là il a fait les hypothèses plus vite, mais exceptionnellement.

 

PRINCIPALES HYPOTHESES ACTUELLES

 

 

1ère hypothèse : hypothèse génétique

 

Il s’agit de gènes de susceptibilités laissant un rôle aux facteurs environnementaux. Sur 60 enfants, seulement 4 parents étaient hyperactifs quand ils étaient enfant, mais Maurice BERGER décrit des interactions précoces mère-nourrisson, très souvent brusquement interrompues, du fait de l’hyperactivité de la maman.

 

2ème hypothèse : hypothèse neurophysiologique : le disfonctionnement cérébral minime

 

Hypovigilance cognitive, niveau bas d’éveil cortical, bas débit frontal à l’I.R.M.

 

3ème hypothèse : théorie psychodynamique

 

-         La défense maniaque (R. Diatkine).

En général on trouve une dépression franche associée, pour parler de défense maniaque sinon on ne peut pas vraiment en parler. Il n’y a pas de vécu de perte d’objet, tout est dans le registre de l’archaïque. Diatkine lui-même a fini par dire que l’agitation n’est pas pathognomonique de la psychose, et bien que cette idée de la défense maniaque dans l’hyperactivité a eu un grand retentissement, cette hypothèse est un petit peu balayée.

 

-         Défaillance des enveloppes corporelles ( J BERGES)

Les états hyperkinétiques apparaissent comme une suture de ce qui vient à manquer au corps. L’hyperkinésie sert de senti, de vécu, de frontière.

On trouve une permanence du regard de la mère qui anticipe l’action. L’hyperkinésie est une marge insaisissable par le regard de la mère. L’acte de l’instable s’exerce à modifier les rapports, à décentrer les organisations, avec une intention provocatrice. S’arracher à cette enveloppe trop douillette pour s’opposer « en aveugle ».

 

-         Fonctionnement opératoire (P.MARTY).

 On retrouve une pensée opératoire avec peu d’affect apparent et une carence importante dans leur capacité à fantasmer. L’expression des tensions internes se fait en s’agitant. Dépression essentielle lutant contre l’effondrement.

 

Pour BERGER aucune de ces théories ne semblent permettre de saisir l’ensemble de la clinique et des processus psychiques observés chez l’enfant instable.

 

 

CLASSIFICATION DE L’INSTABILITE PSYCHOMOTRICE .

 

Eliminés d’avance (donc ne faisant pas partie des 60 enfants étudiés) :

 

-         Enfant psychotique

 

-         Etat dépressif

 

-         Préoccupation concernant état de santé parent ou divorce

 

-         Problématique hystérique, « faire l’intéressant », sollicitation virile de la part des parents

 

-         Absence de limites éducatives, « ils peuvent tout faire »

 

-         Turbulences réactionnelles anxieuses

 

-         Suite à attouchements sexuels

 

-         Atteinte neurologiques avérée (x fragile – Sd West)

 

-         TOC : pf instabilité mais très ritualisée
Total de 60 enfants répartis en 7 groupes :

 

 

1°) Interactions précoces très défectueuses : 18 cas.

 

            10 cas : carences ayant entraîné une séparation judiciaire parents/enfant

                       

-Instabilité parfois prise au départ pour de l’éveil par les travailleurs sociaux

                       

-Exploration de l’environnement figée dans modèles archaïques

                       

-Enfants reproduisent collage alternant avec attaques brutales, angoisse d’être oublié et d’oublier l’autre.

 

 

            8 cas : adoptés

 

Au total problème relation à un objet primaire imprévisible et inquiétant.

 

 

2°) Dépression maternelle précoce ;16 cas

 

            Souvent liée à la mort ou à la maladie grave d’un proche (sans non-dit d’ailleurs).

            A noter dans ce groupe : 7 pères déprimés (pères de 7 garçons d’ailleurs…)

 

 

3°) Enfant soumis à un forçage éducatif : 13 cas

 

            Dès les premiers mois par dysrythmies :

 

                        - soit imposition d’impératifs éducatifs précoces et non négociés.

                                   1-aspect surmoïque parental dès le 1er entretien réclamant Ritaline

                                   2-ou angoisse qu’enfant ne soit malade et ne dépérisse avec sous-jacent des croyances souvent peu mobilisables.

 

                        - Soit ne tiennent pas compte du rythme de l’enfant : reprise travail après l’accouchement, nombres nourrices,…

 

Dans ces 2 situations les parents n’ont jamais éprouvé de plaisir à être seul avec l’enfant à jouer à lui (jeu infiltré d’intention pédagogique). Pathologie d’appropriation (cf. P37).

 

 

4°) Les MERES instables ou nerveuses :5 cas

 

            a/ les mères instables

            b/les mères nerveuses

 

 

5°) Une discontinuité ou une pauvreté d’investissement de la part de l’environnement maternel précoce :2 cas.


6°) Les instabilités concomitantes d’autres troubles instrumentaux : 4 cas

dyphasies, ou d’évocation.

 

 

7°) Les instabilités sans causes repérables :2 cas (groupe qui a fondu au fil du temps). Mères un peu froides dans leur relation mais bon !

 

 

 

Au total 54 / 60 = trouble de la relation pendant 1e année de vie entre enfant instable et son environnement.

 

 

 

L’OBSERVATION DE LA VIE PSYCHIQUE DES ENFANTS INSTABLES

 

 

apparition de l’instabilité chez 6 enfants : parents incapable d’entrer en contact avec leur bébé et relation d’attachement parents/enfant perturbé +++ entre 6 et 12 mois.

 

·        Dispositif de prise en charge dans le service de M. BERGER.

 

- abord +++ familial, ne suffit pas seul

 

- PEC individuelle : utilisant le mouvement systématiquement

 

1)      Instabilité légère (peuvent rester assis à l’écoute) psychothérapie individuelle aménagée (récit à deux, participation du thérapeute) ;

 

2)      Instabilité moyenne : hyperactivité tolérable mais enfant évite le contact direct avec les adultes. Psychothérapie de groupe (jeux de marionnettes) ;

 

3)      Instabilité importante (seuls les jeux moteurs répétitifs sont possibles et la parole n’est utilisée que pour maîtriser l’autre).

Psychomotricité individuelle dans une optique beaucoup plus relationnelle que rééducative pour maintenir la continuité relationnelle (l’activité interprétative n’étant pas recevable).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERES HYPOTHESES THEORIQUES

 

 

q       Les relations entre pensée et mouvement : les dispositifs thérapeutiques doivent inclure du mouvement (ex : écrire récit à deux), sinon, ils ne sont pas utilisables par l’enfant.

 

 

q       Un défaut dans la relation à l’objet primaire, inadéquation parents/enfant à la période préverbale.

 

 

            L’instabilité est à la fois une défense et un état :

 

- un holding défectueux ; dépendre = c’est prendre le risque d’être lâché. Mieux vaut donc maîtriser en permanence la relation. Défaillance de l’expérience d’omnipotence (illusions toute puissante d’avoir créer une mère bien adaptée).

 

- les procédés auto calmants

Les « galériens volontaires » ++ groupe 4. Ex : se calme en marchant ou en musique.

 

- un échec dans la constitution de l’espace imaginaire et de la rythmicité.

Cette difficulté du sujet à se représenter comme ayant un corps propre peut entraîner une impossibilité de transformer le corps en espace de réflexion, et empêcher la projection normale de l’image du corps sur le monde extérieur. Activité de rêve refoulée, perception remplace projection, chose et mot sont équivalents.

 

- la présence « flottante de l’ennemi »

hypothèse : ce dont l’enfant a pu ressentir précocement qu’il était un ennemi pour sa mère déprimée, inattentive ou très indépendante.

 

 

q       Une forme de difficulté à être seul en présence de l’autre.

 

- la capacité d’être seul en présence de l’autre. Au départ :pensée subjective caractérisée par le sentiment d’être à l’origine de l’objet.

 

- l’immobilisation de l’objet menaçant (ex du thérapeute)

Angoisse d’être menacé par l’objet ou de le perdre : angoisse d’être seul.

 

- la mise de l’objet à l’extérieur de soi

 

- le corps, objet malléable et insaisissable ; ex : mercure

 

- l’agitation comme défense contre le débordement pulsionnel. Quand un enfant déborde par ses mouvements pulsionnels, il se tourne vers un objet extérieur apaisant (qui n’est pas rencontré ici). L’agitation externe de l’hyperactif a alors une fonction para-excitante.

 

- l’utilisation de l’objet comme miroir visuel. Ex : du récit à 2.

 

q       Instabilité et pulsions sexuelles

 

- sexualisation de la relation moins visible pour les filles : mère froide car protège son enfant de mouvement homosexuel inconscient qu’elle ressent à son égard

 

-   sollicitation virile dont les garçons font l’objet.

 

 

La RITALINE®

 

Efficacité nette (sur 38 enfants traités) 71,8 %

- quand risque d’exclusion scolaire ou familiale

- et/ou si enjeu cognitif immédiat (redoublement)

- inutile si parents ou institution est opposé au traitement

- ne pas penser cette prescription que dans un registre surmoïque, répressif et normatif mais aussi comme facilitant la vie psychique (continuité de la pensée, plaisir de penser) et le travail psychothérapique